Nicki Minaj en couverture de T Magazine! [Photos + Traduction]

Nicki Minaj enchaîne les couvertures de magazine!

Après Dazed ou encore XXL Magazine, la rappeuse gracie la couverture du T Magazine (un des nombreux magazines du New-York Times) dans le cadre de leur thème « The Greats », le tout dans un style épuré, sobre et très artistique. Photographiée par le portraitiste français Patrick Demarchelier, l’interprète du hit « Rake It Up » se livre dans une interview très centrée sur son quatrième album, un opus qui sait se faire attendre.

Découvrez sans plus tarder l’intégralité de l’interview réalisée par Roxane Gay ci-dessous :


Le jour où j’attends à l’entrée du Ritz-Carlton du côté de Battery Park City pour rencontrer Nicki Minaj est le même jour du commencement de la New-York Fashion Week. Je suis en avance, et je regarde les stylistes pousser d’énormes chariots de vêtements de marques en dehors de l’ascenseur. J’apprendrais par la suite qu’ils étaient destinés à habiller Minaj, et de la part d’Alexander Wang.

Dans le hall d’entrée de sa suite, il y a un autre tas de vêtements. Encore plus loin, un grand coiffeur s’occupe de coiffer une perruque blonde platine. Il porte un ensemble fascinant qui comporte un pantalon en cuir, une description qui ne rend pas honneur à ce pantalon car il est fabuleux. Il brosse la perruque avec tant d’attention, tant d’amour que pendant une seconde, j’ai voulu être une perruque. À quelques mètres de là se trouve une maquilleuse qui range et trie différents outils de maquillage sur une table. Tout le monde discute dans un murmure étouffé.

Quand Minaj entre d’une chambre adjacente, c’est un petit bout de femme portant un peignoir blanc, le visage démaquillé. Après s’être salué avec une légère poignée de main, elle me demande si ça me dérange qu’elle s’applique de l’eye liner. Elle ne me le demande pas vraiment, et je ne bronche pas. Elle s’assied dans sa chaise prévue à cet effet, la maquilleuse applique le célèbre trait sur les yeux de Minaj en exagérant son regard félin.

Je suis étonnée par le nombre de personnes qu’à Minaj à son service. Je rencontre aussi son manager, ainsi que son assistant personnel – qui sont deux personne différentes – en plus de son styliste. Dans le hall extérieur à la suite patiente un couturier, ainsi qu’un petit nombre de personnes heureux d’accompagner Minaj. Elle est le centre gravitationnel de nombreux professionnels, et elle porte très bien ce rôle.

Une fois ses yeux faits, Minaj s’assied dans le fauteuil proche au mien, arrangeant sa robe de chambre à sa guise. Il y a une certaine souveraineté dans sa manière de s’asseoir. Le fait qu’elle porte une robe de chambre est hors contexte. Mais une reine reste une reine. Un styliste lui propose deux options vestimentaires pour les événements prévus ce soir-là – un dîner ainsi que le lancement d’un livre. On lui montre une robe brillante et transparente avec une longue traîne, une magnifique robe noire et blanche en cuir de Balmain, et tout un tas d’options. Je m’émerveille devant le luxe d’avoir une garde-robe humaine.

Finalement, Minaj se tourne vers moi, m’accordant toute son attention, et me dit « Voulez-vous commencer? » comme si, tout ce temps, elle m’attendait. Je veux applaudir avec reconnaissance. Yasss queen, comme on dit.

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Tout le long de sa carrière, Minaj a su montrer une certaine discipline et intelligence qui se fait rare parmi les autres pop stars de sa génération. Elle a ce que l’on appelle le « facteur x », qui est ce truc qu’on ne peut décrire. Onika Tanya Maraj est née à Saint James, en Trinité-et-Tobago, en 1982, avant d’émigrer vers le Queens dans New-York avec sa famille, à l’âge de 5 ans. Elle a commencé sa carrière musicale en chantant avec différents rappeurs et travaillant à côté. Quand elle était serveuse, elle écrivait constamment dans le carnet qui lui servait à prendre des commandes. Il y a un rire authentique qui s’échappe de sa bouche en repensant à tout ça. « Je prenais les commandes des clients, puis un couplet me venait en tête à cause de ce qu’ils portaient, ce qu’ils disaient ou faisaient, et je courrais vers les cuisines pour l’écrire, le ranger dans la petite poche de mon tablier, et j’avais tous ces morceaux de papiers qui traînaient autour de moi avec des raps écrits dessus. »

Depuis ce jour, sa carrière fut un exemple de réussite. En 2009, elle fut la première femme à signer chez Young Money, le label fondé par Lil’ Wayne. Trois mixtapes et trois album studios – « Pink Friday » en 2010, « Pink Friday : Roman Reloaded » en 2012 et « The PinkPrint » en 2014 – et, en mars 2017, Minaj dépasse Aretha Franklin en devenant l’artiste féminine avec le plus de chansons classées dans le Billboard Hot 100, un record tenu par Aretha Franklin pendant 40 ans. Elle est le genre rare d’artiste urbaine qui a su, et ce de manière subtile et réussie, se mêler à la pop music. Minaj, M.I.A. et Madonna ont interprété leur single « Give Me All Your Luvin » lors de l’édition 2012 du Super Bowl. Quelques jours plus tard, elle chantait seule aux Grammy Awards. Son titre dance « Starships » fut certifié 6x disque de platine. Elle a même collaboré avec Ariana Grande sur le titre « Side To Side », et alors que le duo fut inattendu à cause de l’image de Grande, le titre fut certifié 3x disque de platine. Minaj ne calme pas son style ou sa sexualité. Parfois, quand je rêvasse,  je repense à sa phrase « dick bicycle » et « si tu veux un plan à trois, j’ai un tricycle » issu de ce titre, car c’est tellement intelligent, drôle et vulgaire, mais aussi tellement vrai, car la chanson est décrite comme étant à propos de « chevaucher jusqu’à ce qu’on soit fatigué ».

Nicki Minaj est aussi tombée malade. Quand nous nous sommes rencontrées, elle venait de rater une répétition pour un show au défilé de Philipp Plein à cause de cette maladie, et elle se soigne avec des siestes et des médicaments. Prendre l’avion jusque New-York ne l’a pas aidée. Minaj était à Miami (où elle passe le plus clair de son temps), travaillant sur son quatrième album studio, avec un titre qui est, pour le moment, un secret bien gardé mais qui est « super super iconic ». Cette maladie l’empêche d’aller en studio – l’air conditionnée se lançant, se coupant, se lançant à nouveau – un cycle vicieux du climat. Minaj n’a finalement passé que deux jours en studio, pendant une des ces sessions où elle était capable « d’écrire, enregistrer et réécouter tout en étant excitée de faire ces trois choses ».

Cela lui a pris longtemps d’atteindre ce stade, Minaj confie, et désormais, « j’arrive à m’imaginer le style qu’aura cet album. Je sais ce qu’il symbolisera pour mes fans. Cet album représente tout dans ma vie, et c’est moi étant réellement heureuse et authentique. C’est presque comme fêter quelque chose. Mon dernier album, The PinkPrint, était un peu comme mon journal intime, fermant le chapitre de certains passages de ma vie, ne sachant même pas si j’étais heureuse ou triste de commencer une nouvelle histoire. J’écrivais sur le fait que je doutais. Désormais, je peux vous expliquer avec certitude ce qu’il s’est passé durant les deux dernières années de ma vie. Je sais qui je suis. Je fais découvrir Nicki Minaj avec cet album, et je l’aime. »

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L’image publique de Minaj et ses apparences sont parfaitement gérées. Les médias l’ont attaquée sur sa vie professionnelle et personnelle, et je me retiens de lui poser des questions sur son ex Safaree Samuels, qui apparaît dans « Love & Hip Hop », une émission de télé-réalité sur l’industrie musicale, ou encore si elle laissera une chance à Drake. Je ne pense pas que, quiconque autre que son cercle fermé, connait la vraie Nicki Minaj.

Son personnage est étoffé par un catalogue fascinant d’alter egos, incluant Harajuku Barbie (une fashionista obsédé par du rose, et son personnage le plus présent), Nicki Teresa (connue comme « La Soigneuse ») et la sexuellement explicite Nicki Lewinsky – ily a même un homme, Roman Zolanski, une version exagérée de Minaj elle-même. Elle a une gamme vocale qui peut passer d’une voix aiguë à un grognement en quelques phrases. Autant dans la musique que dans les conversations normales, elle aime jouer sur les accents, donnant vie à un accent de filles de Los Angeles, ou encore un patois des îles. Pendant notre temps passé ensemble, elle passait plusieurs fois d’un accent britannique à sa voix normale sans effort quelconque. En public, elle porte souvent un maquillage dramatique, des tenues dramatiques et une panoplie de perruque, qu’elle décrit comme étant son moyen de faire son show, sur scène et en dehors. Il n’y a pas un moment durant notre conversation où elle ne fait pas preuve d’auto-conscience. Elle s’arrête brièvement avant chaque réponse à mes questions, comme si elle calculait chaque chose à dire. À la fin de notre interview, je reste impressionnée par son intelligence et sa férocité.

Mais elle est au sommet de l’amusement lorsqu’elle parle de musique, et elle pense à la musique d’une manière complexe et profonde. Elle a de fortes opinions sur ce qui est important pour être un bon rappeur : « Est-ce que tu as l’air intelligent? Est-ce que ton flow est fluide? Est-ce que tu es aux commandes de ton instrumental? Je fais attention à ce genre de choses ». Jay-Z, Lil’ Wayne, Foxy Brown – « Ce sont les 3 que je garde en tête quand il s’agit d’écrire, parce qu’ils m’ont tant influencé. J’ai l’impression d’être une partie de chacun d’eux. »

Je suis curieuse de savoir qui est-ce que Minaj pense avoir influencée. Elle m’a dit qu’il y a environ 2 ans, Kanye West lui a dit « ‘Chaque meuf que j’entends rapper, je peux entendre Nicki dans leur flow’. Je n’ai pas demandé qui, mais c’était un bon compliment. Parce que parfois, tu penses être le seul à entendre ce genre de choses. »

J’ai l’impression que Minaj est sur le point de passer un cap important dans sa carrière, et elle le sait. « Je n’ai jamais été aussi inspirée, excitée et libérée depuis l’époque où j’ai sorti mon premier album pour un label » dit elle. Elle est aussi très réfléchie dans son évolution en tant qu’artiste. Je lui demande si la transition de mixtape à album compromet la joie de créer, et elle me répond « Oui, parce que… Les artistes les font eux-même. Je ne vais pas blâmer les labels. Tu penses trop. Alors que quand tu fais ton truc, tu as l’impression d’être toi-même, de pouvoir être fou. Quand tu commences à travailler avec un label, tu commences à penser de faire plus. Je voulais retourner à un stade où je ne pensais pas trop. Parfois, faire simple, c’est tout aussi bien ».

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Plus confiante et faisant confiance à ses instincts, je lui ai demandé ce que ça lui avait demandé pour se mettre dans un tel état d’esprit. « Je crois de tout cœur à un don ». Mais cette reprise en main ne fut pas simple. « Parfois, je me réveille et je me dis que je ne sais pas si je peux continuer à faire ça, vous voyez? J’ai vécu ces moments. J’ai eu cette période de doute où je me suis demandée si j’étais assez bonne? » Mais elle croit dans son habilité à « supporter ce qui détruirait une fille normale ».

À ce point dans sa carrière, Minaj est capable de se réconcilier, en quelque sorte, avec ses soucis. « J’aime, d’une certaine manière, le fait que j’ai dû traverser autant de moments difficiles dans ma vie parce que je trouve que je le mérite ». Elle est franche sur ce qu’elle a dû vivre. « J’ai eu tellement de choses qui n’allaient pas au début: être noire, une femme, une rappeuse. Peu importe le nombre de fois que je collabore avec le rappeur favori de tout le monde, la culture ne veut jamais me donner ce qui m’est dû en tant que rappeuse, en tant que parolière. Je dois faire mes preuves une centaine de fois, alors que les mecs qui sont arrivés en même temps que moi ont reçu le mérite plus rapidement, sans qu’on se pose de questions. »

Je suis sous le choc de ces révélations parce que j’ai entendu les mêmes paroles venant de femmes dans une industrie dominée par les hommes – ce qui fait que leur endurance et leur persévérance contribue à leur talent. Mais, au-dessus de tout, Minaj a continué parce qu’elle contrôle son travail. Ni son travail ou son succès ne sont un accident. Après avoir fini de discuter, et tandis que je sors, il y a encore plus de gens devant la suite, attendant de pouvoir la voir. Elle reste aux commandes du navire.

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