Nicki Minaj rejoint RuPaul et Michelle Visage sur « What’s The Tee? »

Alors qu’elle a mis le feu sur la scène de RuPaul’s Drag Race la semaine dernière, Nicki Minaj a accordé une interview à RuPaul et Michelle Visage dans le cadre de leur podcast « What’s The Tee? ».

À l’occasion de cette interview, la jeune femme est revenue sur son parcours musical, personnel et sa vie en tant que femme, le tout sous les rires et les questions pertinentes de la drag queen la plus célèbre du monde.

Découvrez le podcast ainsi que sa retranscription ci-dessous :

RuPaul : Nous sommes avec Nicki Minaj ! Avant de commencer à parler de l’émission, tu as dit tout à l’heure que tu allais te chercher de quoi grignoter et que tu allais écrire un rap. Tu peux écrire un Rap où tu veux, quand tu veux ?

Nicki Minaj : Oui, parce que quand j’étais serveuse, j’ai dû me forcer à apprendre à le faire. J’étais debout 12h/jour, parfois le soir, donc lorsque j’avais une idée de Rap en tête, je la notais sur mon bloc-notes de serveuse. Aujourd’hui j’ai l’habitude d’écrire mes idées rapidement. Les 8 premiers couplets de ce son – l’instrumental m’a été envoyée par mon manager lorsque j’étais dans la voiture – ces 8 premières lignes ont été écrites en chemin, très rapidement. Maintenant que je suis ici avec vous, j’ai cherché à ajouter quelques lignes en plus.

Michelle Visage : Est-ce que tu écris sur papier ou tu t’enregistres en vocal ?

Nicki Minaj : Les deux. Ce son, je l’ai écrit dans mes notes. Mais je fais les deux, parfois j’enregistre mon couplet en vocal pour me souvenir de la mélodie. Même mes rêves, je les note pour ne pas les oublier.

RuPaul : Où est-ce que tu travaillais comme serveuse ?

Nicki Minaj : Red Lobsters. Dans plusieurs de leurs établissements […] J’avais la haine quand les clients me demandaient des biscuits. Ils sont gratuits, mais c’est à se demander s’ils venaient pour les fruits de mer où les biscuits gratuits. Mais j’ai travaillé dans plusieurs de leurs établissements, j’ai été virée de tous […] C’était vraiment difficile. Tu dois surtout t’occuper des gens et de leur comportement. Et si t’as une certaine attitude, c’est un vrai problème. Puis quand je ne recevais pas de pourboires, j’avais encore plus un mauvais comportement, et je me faisais virer. Je me pointais vers eux je disais ‘bonjour, je suis Onika, votre serveuse’ et je leur présentais les plats et boissons du jour. J’étais gentille ! Mais parfois, ils se forçaient à être désagréable parce que ces crevards ne voulaient pas laisser de pourboire.

Nicki Minaj était retourné dans un Red Lobsters en compagnie de Jimmy Fallon l’année dernière.

RuPaul : Mais comment ça se fait que tu as continué à travailler pour eux alors que tu te faisais virer ? Ils ne te connaissaient pas ?

Nicki Minaj : Je me faisais virer mais… En vrai, à Rego Park, j’ai du faire profil bas en espérant qu’ils ne se rappelleraient pas que je bossais à Valley Stream. Mais après quelques jours, je les ai vu discuter entre eux, chuchoter, et peu de temps après, quand ils ont découvert, j’étais virée. À Co-Op City, le manager était ami avec ma meilleure amie, donc elle l’a supplié de me laisser une chance. Par après, j’ai poursuivi les clients en-dehors du restaurants en leur disant de me donner mes pourboires vu que je n’en avais pas eu. J’étais virée à nouveau.

RuPaul : Est-ce que tu as eu beaucoup de jobs ‘normaux’ à l’époque ?

Nicki Minaj : Oui, bien-sûr ! J’étais dans le service clientèle d’une boîte de com, j’étais aussi responsable administratif à Wall Street. Le plus long job que j’ai eu… Ça se joue entre serveuse et le service clientèle. J’ai bossé longtemps comme serveuse parce qu’à cette époque, c’était payé en cash. Bien payé. À cette époque, tu pouvais te faire 500$ de la semaine. Certaines meufs se faisaient 1.000$! Mais j’étais excitée parce que j’économisais tout cet argent et j’avais plus de tunes que les autres. J’avais 19-20 ans et j’avais tout cet argent. Donc je me suis achetée une BMW avec ma paye. J’ai eu un petit deal de quelques milliers de dollars, et avec mon argent de serveuse, j’ai pu payer. C’était très cher. Je payais 400$ par mois pour mon prêt et 1.200$ tous les trois mois pour l’assurance.

RuPaul : Quand tu as commencé à te faire de l’argent, du vrai, quel est le premier truc extravagant que tu as acheté ?

Nicki Minaj : Je me suis achetée une Range Rover. Peu de gens le savent, mais j’ai aussi acheté des voitures à mes meilleures amies. Je me suis demandée pour l’une d’entre elles ‘pourquoi je lui ai acheté cette voiture ?’, mais je ne regrette pas. Mes meilleures amies sont mes copines d’enfance, donc elles me connaissent depuis que je suis petite. Donc je leur ai pris des Mercedes, des Range Rover, une BMW. J’ai même payé l’assurance pour la première année.

RuPaul : Les gens qui ont un grand impact se font souvent beaucoup d’argent. Comment tu empêches tes relations de se détériorer ?

Nicki Minaj : Mes copines sont dans ma vie depuis si longtemps que nous sommes plus une famille. Nous pouvons nous disputer mais elles savent que je les aime à en crever. Donc je ne connais pas ce problème. Ça leur arrive de me demander de l’argent, mais pour être honnête, je leur offre toujours. Quand on se voit, j’ai toujours du cash sur moi et je leur donne parce que je ne veux pas qu’ils se sentent mal de me demander. Donc la majeure partie du temps, je me balade dans mon quartier avec du cash et je leur donne de l’argent. C’était pour les 10 dernières années. Cette année, il faut que je fasse attention. Parce que je dois me préparer pour ma propre famille. Et je me rends compte que certaines personnes pensent que tu es obligé de leur donner de l’argent. Aujourd’hui je dois apprendre à dire non et ne pas m’en vouloir. Je me sentais tellement coupable. Mais je bosse comme une acharnée, je n’ai pas à me sentir coupable.


Nicki Minaj et certaines de ses meilleures amies.

RuPaul : Est-ce que tu as dû aller en thérapie une fois que tu es devenue super célèbre ? Pour apprendre à gérer tout ça.

Nicki Minaj : J’aurais aimé le faire. C’est jamais trop tard. Je ne sais pas. L’industrie m’a vraiment fait un choc. Je ne savais pas à quoi m’attendre. C’était le début de Twitter et les réseaux sociaux donc j’ai pu lire toutes les choses négatives qui étaient écrites sur moi. Ça te blesse parce que t’es humain, peu importe si tu dis que tu t’en fous. Ça te touche. C’est pour ça que j’ai créé ce mécanisme de défense durant ma carrière, même si j’aurais souhaité ne pas en faire autant. Je n’ai donc jamais fait de thérapie mais j’aurais aimé en faire. Ça arrivera peut-être. J’ai eu une séance avec cet homme, ça m’a fait du bien. Mais c’était à New-York et j’ai déménagé à L.A par la suite, donc je n’ai jamais pu le revoir. Mais je pense déménager à nouveau sur New-York. Je vais peut-être m’installer dans les deux villes, je ne sais pas.

RuPaul : [… ] Réconcilier l’ancienne et la nouvelle toi, c’est un processus compliqué. Quel était le point culminant de ce processus ? Est-ce que tu as juste pété un plomb ? Tu as saccagé des maisons ?

Nicki Minaj : Jeune, j’étais déjà dans un cadre de vie agressif. Puis j’ai pu un peu explorer d’autres facettes parce que j’étais dans une école d’arts théâtraux. Mais quand je suis rentrée dans le milieu de la musique, j’ai du rejouer le personnage de la meuf du ghetto à nouveau. En plus, en tant que rappeur, j’étais toujours entourée d’hommes, ça m’a toujours mis dans un état d’esprit où je me disais que je ne devais pas les laisser me toucher, me ridiculiser, etc. Je ne m’autorisais pas à être sexuellement immorale parce que je savais que je perdrais le respect de ces rappeurs que j’aimais. C’est pour ça que je n’en ai pas fait le point central de ma carrière et que j’ai pu gagner leur respect. Mais je pense que ça m’a rendu plus agressive, ça m’a endurci. Mais je me demandais parfois pourquoi je parlais avec ce ton, pourquoi j’étais comme ça, pourquoi j’attaquais directement ? J’aurais pu la jouer calme, mais au lieu de ça, la meuf du Southside était de retour. Je ne savais pas comment me comporter. Beaucoup de ces gens dans cette industrie ont toujours été entouré de leurs parents. Je ne connais pas ça. J’ai dû tout apprendre moi-même et il n’y a pas de livres pour t’apprendre à être rappeur […] Mon quartier était vraiment précaire. J’ai toujours dit ça : chaque mec que je croisais là-bas était soit drogué ou dealait de la drogue. Quand nous étions jeunes, nous allions à pied jusqu’au magasin, et c’est le genre de quartiers où il n’y avait pas de filtres. Tu croisais des gens avec du crack en main. C’était normal.

RuPaul : Mais du coup, comment as-tu fait pour éviter de tomber là-dedans ?

Nicki Minaj : Mon père se droguait à l’époque, donc ma mère nous répétait sans cesse de ne jamais y toucher. Je ne savais même pas comment fumer de la weed jusqu’à… Récemment. Je ne voulais même pas toucher une cigarette ou boire. L’une des choses que les gens me répétaient sans cesse, c’était que je devais planer et être bourrée. Aujourd’hui je comprends ce qu’ils voulaient dire, parce qu’à l’époque, je n’avais rien pour me calmer. Je voulais pas y toucher, donc je planais avec ma joie naturelle, ou j’étais agressive. Mais ma mère… C’était le genre de femme à ne pas jurer, boire ou fumer devant nous, donc j’ai suivi ce chemin. Mais être dans cette industrie, être plus âgée et vivre loin de ma mère – je parle des 6 ou 7 dernières années – je me suis mise à boire, fumer, mais ce n’était pas quelque chose que je désirais faire.



Nicki Minaj et son père au mariage de son grand frère.

RuPaul : Est-ce que tu as toujours su comment rapper ? Je sais que tu étais dans cette école d’art, à LaGuardia.

Nicki Minaj : Je crois que ça a toujours été en moi. L’une de mes copines un peu plus vieille était ma voisine, et elle rappait beaucoup. Donc un jour je me suis pointée devant sa porte avec un couplet tout pourri, elle a ouvert sa porte et j’ai commencé à rapper. C’était ridicule. Ça ne voulait rien dire. Pendant des années, j’ai eu la honte.

Michelle Visage : qui étaient tes rappeurs préférés ?

Nicki Minaj : J’adore Salt’N’Pepa. En plus, elles viennent du Queens. À l’époque, j’adorais leur style, leur audace, c’était le feu. J’étais aussi une de ces groupies de LL Cool J. Il est du Queens aussi. C’est là que je suis tombée amoureuse du Hip-Hop. L’époque de Slick Rick. Il racontait tellement bien, c’était aussi une icône de la mode.

RuPaul : Mais qu’est-ce qui fait d’une personne un bon rappeur ? Parce que toi, tu es fantastique. T’as ton propre rythme, tu as créé ton propre style, j’adore. Mais qu’est-ce qui fait un bon rappeur ?

Nicki Minaj : Un bon rappeur, selon moi… J’aime quand ils sont variés, notamment dans leurs flows. Moi, j’essaye de ne jamais avoir plus d’une fois le même flow. J’essaye toujours d’être spontanée et excitée sur un morceau. Je considère qu’un peu d’humour c’est toujours bon. Tu dois être versatile aussi. Être capable d’écrire un son qui fera pleurer les gens, ou un son qui les fera s’ambiancer. Aujourd’hui, c’est important, tout particulièrement pour les femmes, d’avoir la confiance en toi nécessaire pour écrire tes raps. Au début de ma carrière, j’ai mis un point d’honneur à ce qu’aucun homme n’écrive mes textes. J’étais confiante et je me croyais intelligente. Je me demandais ce qu’ils pouvaient écrire que je ne pouvais pas ? Quand tu écris tes propres pensées, c’est ce que j’aime. Je ne fais pas que tomber amoureuse des paroles, je tombe amoureuse de la personne et de ce que son esprit peu faire. Toutes ces choses font un bon rappeur selon moi. Mais aussi, tu dois savoir faire un titre. Tu peux rappliquer et bien rapper, faire de bons remixs, mais tu dois être capable d’aller au studio et créer ton son. C’est ce qui fait la maturité d’un artiste.

RuPaul : Et quand as-tu découvert que tu pouvais chanter ? As-tu toujours chanté ?

Nicki Minaj : Je ne sais pas chanter. Je peux fredonner un air, mais je ne chante pas. J’adore chanter parce que ma mère chantait toujours du Diana Ross dans la maison, et c’est comme ça que je me suis mise à chanter. Puis j’ai commencé à faire des refrains pour les gens que je voyais en studio et c’est comme ça que je me suis à la chanson.

RuPaul : Ta mère chantait Diana Ross, mais tu ressembles à Chaka Khan. As-tu déjà travaillé avec elle ?

Nicki Minaj : Tout le monde dit ça. Je n’ai jamais eu la chance, mais je l’adore. C’est un compliment pour moi. Elle est magnifique.

RuPaul : Et où vis ta mère ?

Nicki Minaj : New-York. Toute ma famille y est. J’ai envie d’y retourner.



Nicki Minaj en compagnie de, dans l’ordre, Michelle Visage, RuPaul et Carson Kressley.

RuPaul : Tu as énormément d’argent. Je me suis toujours demandé comment tu peux faire le lien entre ta carrière et le business que tu as créé, et ta famille. On en a parlé plus tôt, et on a vu que tu devais équilibrer.

Nicki Minaj : C’est compliqué. Je crois que le personnage de Nicki Minaj est très frivole, mais la vraie moi est plus terre-à-terre. Donc je ne sais pas.

RuPaul : Merci pour tout. Tu nous a tellement donné, et tu as encore tellement à offrir ! Je suis tellement excité de voir ce que Nicki Minaj nous réserve, parce que tout ce que tu fais est fou.

Michelle Visage : Il n’y a pas d’autres rappeurs qui peuvent rapper comme tu le fais, faire une chanson pop que tu le ferais, faire des films comme tu le ferais. N’oublie jamais qui est Nicki Minaj.

Nicki Minaj : Merci Michelle Minaj ! Je veux vous remercier de m’avoir reçue. RuPaul, je sais que tu sais que tu es une icône. Mais j’ai toujours été éblouie par ta carrière depuis le début de la mienne. J’ai toujours été une fan de Drag Race. Ça a apporté tellement de joie et de bonheur dans ma vie depuis des années. Je veux que vous sachiez que c’est un honneur d’être à vos côtés.


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